Dans la taverne de la Gunondoise, les convives s'amusaient à tout rompre, tant et si bien que le tavernier avait déjà dû remettre cinq barriques de bière bavaroise au comptoir.
A la table de Mademoiselle July de Vincenoise, les convives n'en purent plus de rire tant celle-ci leur offrit un florilège de bons mots.
Le Vicomte Jack de Boislerhumstein entra dans l'établissement quelque peu détrempé par la pluie battante de ce mois d'octobre.
Ses bottes étaient souillées par la boue et il se sentit obligé d'en taper les talons afin d'en dégager un maximum de crasse.
"Ciel, mes bottes sont crotteuses, s'exclama-t-il, Tavernier, je suis attendu, veuillez m'indiquer la table de Mademoiselle de Vincenoise. Et, mon brave, mettez donc une bière bavaroise sur mon compte !"
Le tavernier montra du doigt l'attroupement de courtisants autour de la Duchesse qui fêtait son départ prochain pour l'Italie où le Roi souhaitait l'envoyer en tant qu'émissaire de la Rhumerie de Charenton.
Alors qu'il s'approcha de la table, la Duchesse se leva avec grâce et se mit à sourire, un verre vide à la main.
"Vicomte, que de bonheur ne me faites vous en vous joignant enfin à nous ! A la vôtre !", fit-elle avec entrain.
Le Vicomte acquiesça respectueusement de la tête, avec un sourire enjoué mais emprunt de bienséance. Il remarqua alors la présence de la jeune Margaux de Vincenoise, soeur cadette de la Duchesse.
Il s'empressa de lui faire baise-main, mais celle-ci sembla révulsée et fit une grimace de toute beauté.
"Mademoiselle, que se passe-t-il ?", demanda le Vicomte surpris.
"Le rhum mon Cher, où est le rhum ?", lui répondit-elle sèchement.
Car pendant ce temps, dans un élan majestueux, la Duchesse July de Vincenoise vint d'éructer.
Sa bouteille de Rhum était vide.
Comtes et nouvelles du 23 octobre 2009
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