lundi, octobre 26, 2009

July de Vincenoise et son dévoué beau-frère, Jack
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Comtes et nouvelles du 23 octobre 2009
ou Comment raconter des histoires absurdes à partir d'une photo
Au château du Flasquoie, l'ambiance était décontractée et la Duchesse July de Vincenois, toute guillerette et d'humeur enjouée, un verre de rhum à la main, courait frénétiquement entre les groupes d'invités afin de glisser un bon mot à chacun avec le talent qu'il convient de lui reconnaître.

Un invité, sans doute un peu sodomite (l'auteur en étant lui-même, il prend soin de remarquer ces choses-là et leur porte toute l'exigence qui leur est due), vint se mêler à la foule des convives, tous bien éduqués par ailleurs.
Ce personnage, étant de mauvais facture, mais n'y pouvant rien, devait à l'évidence briller par son esprit pour compenser le reste.
Il marchait tel un intriguant, à ceci près que Dieu, qui devait encore être trop occupé ailleurs, avait omit de lui confier la moindre élégance ou un quelconque talent de séducteur, ne fut-ce qu'en location pour la soirée !
Au delà de l'aspect très rigolo de cette scène surréaliste, le bourricot en oubliait même d'être poli. Par trop sûr de lui-même, il feignait d'impressionner grâce au charisme dont il fut, sans s'en apercevoir semble-t-il, totalement dépourvu.

Le Vicomte Jack de Boislerhumstein était accompagné de son frère cadet, Vincent de Mêmenom. Ils passaient à l'évidence un fort agréable moment, entre détente et amusement, tout en sirotant leur bière bavaroise préférée. Ces retrouvailles familiales furent des plus plaisantes et leur saveur délicate les laissaient emprunts de satisfaction.
Les relations amoureuses vinrent alors au bout milieu d'une discussion philosophique de haut vol sur le sens de la vie.
Sans qu'il y fut convié, l'invité mystère, qui avait par ailleurs oublié de présenter ses hommages, intervint dans leur conversation, leur coupant la parole de façon terriblement outrancière.
"L'amour c'est comme une chanson, il faut l'écrire et l'améliorer au file du temps.
Je suis tel Mozart, et ma partition viendra z'à moi."

Pour le moins pris de court, les deux frères réfléchirent un instant sur le sens de cette tirade qui ne pouvait être issue que d'une mauvaise publication pour gens idiots.
Mais non, bien sûr, c'était un bon mot !

Tous rirent aux larmes, en se regardant pour s'assurer que le voisin avait comprit la subtilité, certains applaudir même l'invite mystère, qui venait d'effacer de la sorte, d'un coup de revers de manche, les mauvaises idées qu'il eut pu inspirer.

"Bravo ! Un verre de rhum pour mon bon ami à lunettes ! Quel second degré, j'aime les gens d'esprit !" s'écria la Duchesse, dans un élan d'enthousiasme spontané.

Le valet n'eut pas le temps de s'exécuter, et de fait, de ramener un verre, délicatement posé sur un plateau en argent, à l'intéressé, que celui-ci avait déjà tourné les talons et quitté la pièce sans dire adieu ni faire révérence.

Le chef du protocole, outré, s'approcha de la Duchesse et des deux frères et leur précisa, en s'inclinant respectueusement, qu'il ne s'agissait point d'un bon mot, mais que le malotru avait mots dire avec grand sérieux et qu'il n'y fallait point voir d'humour.

Ce fut la consternation : comment peut-on être aussi bête et mal éduqué ?

La Duchesse prit le verre sur le plateau et regarda son valet.
"Et bien soit ! Amenez moi donc la bouteille et que la fête continue !"

Tous se remirent à rire et à rendre leurs honneurs aux bons mots.

Comtes et nouvelles du 23 octobre 2009
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dimanche, octobre 25, 2009

Alors que le Vicomte Jack de Boislerhumstein décrottait tranquillement ses bottes, le temps sembla s'arrêter dans la taverne de la Gunondoise, un silence de mort venait de s'abattre sur l'étabissement, si bien que le Vicomte leva la tête avec étonnement afin d'en chercher la cause.

L'air abruti dont la surprise lui fit grâce aurait dû faire rire l'assistance, en tous cas l'auteur s'est bien fendu la gueule en s'imaginant ce bel homme chevaleresque qui prit soudainement les traits d'un imbécile désespérément ignorant et dont les habits de lumière contrastaient royalement avec son faciès de crétin blafard, bref.
Donc, l'air abruti dont la surprise lui fit grâce aurait dû faire rire l'assistance, mais il n'en fut rien.
Pire ! Personne n'avait remarqué l'arrivée du Vicomte qui avait pourtant pris soin de claquer la lourde porte en chêne en entrant dans l'établissement bondé !
Tout le monde semblait figé, comme si le temps s'était arrêté.
Sauf, peut-être, la femme du tavernier qui se dit alors en elle-même, non sans un certain bon sens dont font parfois preuve ses femmes un peu rustres et qui forcerait d'ailleurs la sympathie des gens de bon aloi, que ses bottes dégueulasses allait la contraindre à repasser le ballet puis la serpillière, les aspirateurs n'existant pas à cette époque.

D'ailleurs, l'auteur pense pouvoir prétendre que les lecteurs se joignent à lui pour remercier avec gratitude l'inventeur de l'aspirateur qui revêt un caractère particulièrement pratique, notamment pour aspirer les poussières s'accumulant entre les lattes des parquets des pauvres.
Oui des pauvres, puisque ceux des riches sont nettoyés par les domestiques ! Allons !

L'ambiance dans la taverne devint pesante, si bien que le Vicomte reprit de plus belle sa tentative pour débusquer au milieu des personnes présentes la raison de l'outrageante indifférence dont il fut la victime.
Soudain, comme si la grâce de Dieu venait de lui insuffler un soubresaut de clairvoyance, il regarda dans la même direction que tout le monde, un peu tardivement d'ailleurs puisque Dieu était très occupé ce jour-là.

Le tavernier, suant toute l'eau de son corps, ruisselant, le coeur haletant, émit un claquement en séparant ses lèvres collantes, la bouche desséchée, et il entreprit de s'exprimer face à l'assemblée inquisitrice à son égard.
"Je n'ai plus de bière mes bonnes gens !", fit-il, un trémolo dans la voix et l'oeil empli de larmes.

Le Vicomte sortit de ses gonds et se joignit aux convives dans un émoi sans pareil.
Ce fut pour tous une consternation insoutenable, comme rarement l'humanité n'eut l'occasion d'en souffrir depuis la diffusion du premier épisode de RIS Police Scientifique sur TF1.

Assise non loin de là, la Duchesse July de Vincenoise, se mit à sourire et amena avec délectation et avec grâce son verre à la bouche.
Elle pencha légèrement la tête en arrière et apporta le breuvage à ses lèvres délicates, elle sursauta alors et se mit à rire grassement.
"Tiens, y a p'us de rhum non plus ! Hips !"

Comtes et nouvelles du 23 octobre 2009
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Près du port, dans une ruelle où se retrouvait les marins en escale, les prostitués, en faction devant le pub "le Balto", aguichaient les clients.
Vincent, pressé d'y rejoindre Jack, passa devant les filles de joie, refusant courageusement leurs avances en leur prétextant qu'il était un peu ballonné.

A l'intérieur, se faufilant entre les volutes de fumée, il croisa le regard de Jean Baptiste, son ami d'enfance.
Celui-ci, en escale entre l'Angleterre et le Japon, était venu étancher sa soif avant de repartir en mer pour plusieurs mois.
Jean-Baptiste avait quant à lui prétexté aux prostitués qu'elles étaient trop chères, ce qui est beaucoup moins original que de s'inventer une colique.

La surprise leur fut si grande qu'ils ne purent s'empêcher de se précipiter l'un vers l'autre, un peu à la manière affligeante d'une scène au ralenti, où le monde semble s'arrêter autour d'eux, le tout, saupoudré d'une musique mièvre composée par un musicien de peu de talent, voire de petite vertu. Bref, comme dans un mauvais film.

Le deux amis trinquèrent à bâton rompu, exaltés par l'ivresse heureuse de ces retrouvailles impromptues, si enthousiastes que la jovialité ambiante terrassa tous leurs problèmes et rendit le monde plus beau.

Le temps passa si vite que Vincent en oublia son rendez-vous avec Jack et qu'il ne remarqua point son retard.

Finalement, le détective privé entra dans l'établissement qu'il ne connaissait pas et rejoignit les deux amis qui, près du bar, comparaient leurs prétextes pour ne pas subir les assauts répétés de péripatéticiennes. Inutile de vous dire que Vincent semblait plus aguerrit que son compagnon sur ce sujet délicat, qui préoccupait d'ailleurs bien peu de nos concitoyens en cette année 1912.

Soudain, alors que les présentations furent faites et que Jack se soit fait servir sa bière bavaroise préférée, une voix surgit du fonds du bar, dans un recoin, près de la porte des WC, qui avait à l'époque un look vachement en avance, type années 20.

Jack reconnu la voix de Miss July, qui était toujours dans les bons coups.
"Ouh ouh Jack ! Mais que fais-tu là ? J'ai gagné un ticket pour faire un tour de bateau à un jeu de cartes dont je ne connais même pas les règles !", fit-elle avec la délicatesse frivole d'un rouleau-compresseur.

Elle rejoignit les trois hommes et se senti si bien en leur compagnie qu'elle en oublia l'heure, comme à son habitude.
Soudain, dans un éclair de lucidité, elle regarda l'horloge et poussa un cri d'effroi !
Elle se ressaisit aussitôt et repris sa prestance de bonne éducation.
"Et crotte, et zute, et flûte ! Je suis trop en retard, j'ai raté mon bateau pour les Amériques !", fit-elle avec la bouche en cul de poule pour spécifier son savoir-vivre.

Quatre jours plus tard, le Titanic sombra dans l'Atlantique nord.

Miss July avait donc tout loisir pour finir avec plaisir et bienséance sa bouteille de rhum.

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Dans la taverne de la Gunondoise, les convives s'amusaient à tout rompre, tant et si bien que le tavernier avait déjà dû remettre cinq barriques de bière bavaroise au comptoir.
A la table de Mademoiselle July de Vincenoise, les convives n'en purent plus de rire tant celle-ci leur offrit un florilège de bons mots.

Le Vicomte Jack de Boislerhumstein entra dans l'établissement quelque peu détrempé par la pluie battante de ce mois d'octobre.
Ses bottes étaient souillées par la boue et il se sentit obligé d'en taper les talons afin d'en dégager un maximum de crasse.

"Ciel, mes bottes sont crotteuses, s'exclama-t-il, Tavernier, je suis attendu, veuillez m'indiquer la table de Mademoiselle de Vincenoise. Et, mon brave, mettez donc une bière bavaroise sur mon compte !"
Le tavernier montra du doigt l'attroupement de courtisants autour de la Duchesse qui fêtait son départ prochain pour l'Italie où le Roi souhaitait l'envoyer en tant qu'émissaire de la Rhumerie de Charenton.

Alors qu'il s'approcha de la table, la Duchesse se leva avec grâce et se mit à sourire, un verre vide à la main.
"Vicomte, que de bonheur ne me faites vous en vous joignant enfin à nous ! A la vôtre !", fit-elle avec entrain.

Le Vicomte acquiesça respectueusement de la tête, avec un sourire enjoué mais emprunt de bienséance. Il remarqua alors la présence de la jeune Margaux de Vincenoise, soeur cadette de la Duchesse.
Il s'empressa de lui faire baise-main, mais celle-ci sembla révulsée et fit une grimace de toute beauté.
"Mademoiselle, que se passe-t-il ?", demanda le Vicomte surpris.
"Le rhum mon Cher, où est le rhum ?", lui répondit-elle sèchement.

Car pendant ce temps, dans un élan majestueux, la Duchesse July de Vincenoise vint d'éructer.
Sa bouteille de Rhum était vide.

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Dans un bar enfumé de la rue Vuitton, les habitués ne remarquèrent pas l'arrivée de Jack qui devait y retrouver un indic qui lui avait laissé la veille un mot sous la porte de son bureau.
Jack contourna le comptoir en zinc en observant avec un regard inquisiteur chacun des clients afin de tenter de démasquer l'auteur anonyme de la lettre mystérieuse.

Que voulait dire ce "hurhfiuroiquq@yahoo.fr" ? Pourquoi était-ce si mal écrit ? L'auteur était-il saoul au moment de faire glisser la plume de son stylo sur le papier ? De qui cela provenait-il ? Et comment Jack en avait-il conclut que le rendez-vous devait avoir lieu dans cet établissement et à cette heure précise ?

A la dernière question, Jack en conclut que l'auteur avait souffert du syndrome de la page blanche et que le lecteur ne remarquerait pas cette incohérence. Après tout, des liens de causes à effets qui ne tiennent pas debout, il y en a plein dans les séries télévisées de TF1 sans que ça gêne personne.

Au bout du comptoir, près de la porte des WC qui revêtait un aspect désuet "années folles", une silhouette se détachait des autres, tant sa posture avachie faisait penser à un pilier de bar en fin de soirée.
Jack sourit, il venait de comprendre.
"Salut Jack, mais qu'est-ce que tu fous là, hips ?", lui fit alors une voix familière.

Miss July se remit droite et cligna des yeux avec son élégance naturelle.
Elle sourit, leva délicatement son verre à la bouche pour le finir, mais il était déjà vide.
Elle sembla surprise, puis se mit à rire grassement.
Elle venait de finir sa bouteille de Rhum.

Comtes et nouvelles du 23 octobre 2009
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Dans la pâleur de l'éclairage terne de la ruelle, l'inspecteur Black se sentit oppressé et surveillé. Chaque bruit lui semblait amplifié, comme pour lui rappeler que le meurtrier était passé par là et que la scène de crime, si horrible qu'elle lui inspira un haut-le-coeur, avait été méticuleusement nettoyée par l'éventreur.
Tout d'un coup, alors qu'il observait un détail qu'il omit de relever la fois d'avant, une main vint se poser avec lourdeur sur son épaule.
Surpris, Jack se releva et se retourna brusquement, main sur le hoslter pour découvrir dans la pénombre une silhouette familière.
"Hé salut Jack ! Mais que fais-tu ici hein ? Trop cool !"
Soulagé, il reconnu Miss July qui, dans sa veste noire, avec son élégance si naturelle, venait de finir sa bouteille de Rhum.

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Alors que le bateau souffrait, sa coque craquant et se tordant sous l'effet de la mer monstrueuse, le vent attirait par delà le bastingage des gerbes d'embruns coupant et brûlant le visage des marins, l'équipage tint bon.
Chacun à son poste, accroché comme il pouvait pour ne pas passer par dessus bord, il fallait à tout prix maintenir le cap, mais pendant ce temps ...
Miss July, complètement inconsciente, conservait sa grâce et finit sa bouteille de Rhum.

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