Parle à mon cul, ma tête est malade ...
Le Canard Enchaîné n°4526 du 25 juillet 2007-07-30
La bataille duraille du service minimum
Les grèves causent moins de perturbations que les pannes ou le manque de matériel
La continuité du service public est, certes, un problème considérable, mais la solution recherchée par le gouvernement – le fameux service minimum – n’est pas tout à fait adapté : Jean Claude Mailly (FO, dans « Le Figaro » du 19 juin), puis Bernard Thibault (CGT), la semaine dernière, ont entrepris de le démontrer, chiffres à l’appui. Selon les statistiques citées pour la première fois par le secrétaire général de FO, sur 6043 retards enregistrés en 2006, seuls 143 ont été provoqués par des mouvements sociaux. Et 4180 sont imputables à des incidents d’origine humaine (suicides, bousculades, signaux d’alarme intempestifs, absences injustifiées). Enfin, 1728 de ces retards avaient pour point de départ des problèmes techniques.
La croisade contre les méfaits des grèves ignore donc superbement 90% des pannes du service public des transports. « On nage en plein poujadisme », vitupère René Valladon, le responsable de FO chargé de porter la bonne parole de sa confédération dans les couloirs de l’Assemblée. Sans grand succès, à vrai dire …
Les syndicats citent, en tête de liste des causes de retard, la réduction ininterrompue des effectifs (16 000 agents en moins l’an dernier). Elle se traduit, notamment, par un manque criant de personnel pour faire face aux incivilités dans les gares de banlieue et dans les rames. Ces problèmes d’effectifs expliquent également la suppression de certains trains. Vient ensuite la vétusté du parc, et notamment ces très vénérables motrices en principe chargées du fret, et qui trimballent encore des voyageurs.
Patrons en transit
Quelques décisions bizaroïdes de la direction de la SNCF se sont traduites par un accroissement des perturbations. Dernier exemple en date : la réorganisation des magasins de pièces de rechange. Traditionnellement, ces entrepôts étaient gérés par des ateliers de réparation régionaux. Depuis que la gestion est centralisée, ses pièces sont transportées en camion par des sociétés privées. Résultat : « Il est fréquent de devoir déshabiller un engin pour en réparer un autre. », ironise Grégory Roux, l’un des responsables CGT cheminots. Mais pour le direction et le gouvernement, pas question d’évoquer ces absurdités. Seules comptent les difficultés dues aux grévistes.
La situation apparaît d’autant plus ubuesque que les dirigeants des entreprises de transport ne sont pas forcément demandeurs de la loi sur le service minimum. Devant les sénateurs, Pierre Mongin, président de la RATP, a ainsi expliqué que son entreprise est désormais « apaisée », avec en moyenne 0,4 jour de grève par agent chaque année. Sa collègue de la SNCF, Anne-Marie Idrac, avait, quant à elle, beaucoup de mal à exprimer quelque enthousiasme pour la nouvelle loi dans « La Tribune » du 23 juillet. Il y a peu de temps, elle rappelait que le « système d’alarme social » mis en place en 2003 chez les cheminots a fait nettement chuter le nombre de jours de grève. D’où la réaction immédiate des proches de Sarko, qui font remarquer que l’actuel patron de la RATP, Pierre Mongin, n’est autre que l’ancien directeur de cabinet de l’infâme Villepin, et qu’Anne-Marie Idrac était auparavant député UDF des Yvelines, « canal Bayrou », dit un sarkozyste. De quoi les menacer tous les deux de se retrouver sur une voie de garage. Avec ou sans préavis ?
Alain Guédé
Le Canard Enchaîné n°4526 du 25 juillet 2007-07-30
La bataille duraille du service minimum
Les grèves causent moins de perturbations que les pannes ou le manque de matériel
La continuité du service public est, certes, un problème considérable, mais la solution recherchée par le gouvernement – le fameux service minimum – n’est pas tout à fait adapté : Jean Claude Mailly (FO, dans « Le Figaro » du 19 juin), puis Bernard Thibault (CGT), la semaine dernière, ont entrepris de le démontrer, chiffres à l’appui. Selon les statistiques citées pour la première fois par le secrétaire général de FO, sur 6043 retards enregistrés en 2006, seuls 143 ont été provoqués par des mouvements sociaux. Et 4180 sont imputables à des incidents d’origine humaine (suicides, bousculades, signaux d’alarme intempestifs, absences injustifiées). Enfin, 1728 de ces retards avaient pour point de départ des problèmes techniques.
La croisade contre les méfaits des grèves ignore donc superbement 90% des pannes du service public des transports. « On nage en plein poujadisme », vitupère René Valladon, le responsable de FO chargé de porter la bonne parole de sa confédération dans les couloirs de l’Assemblée. Sans grand succès, à vrai dire …
Les syndicats citent, en tête de liste des causes de retard, la réduction ininterrompue des effectifs (16 000 agents en moins l’an dernier). Elle se traduit, notamment, par un manque criant de personnel pour faire face aux incivilités dans les gares de banlieue et dans les rames. Ces problèmes d’effectifs expliquent également la suppression de certains trains. Vient ensuite la vétusté du parc, et notamment ces très vénérables motrices en principe chargées du fret, et qui trimballent encore des voyageurs.
Patrons en transit
Quelques décisions bizaroïdes de la direction de la SNCF se sont traduites par un accroissement des perturbations. Dernier exemple en date : la réorganisation des magasins de pièces de rechange. Traditionnellement, ces entrepôts étaient gérés par des ateliers de réparation régionaux. Depuis que la gestion est centralisée, ses pièces sont transportées en camion par des sociétés privées. Résultat : « Il est fréquent de devoir déshabiller un engin pour en réparer un autre. », ironise Grégory Roux, l’un des responsables CGT cheminots. Mais pour le direction et le gouvernement, pas question d’évoquer ces absurdités. Seules comptent les difficultés dues aux grévistes.
La situation apparaît d’autant plus ubuesque que les dirigeants des entreprises de transport ne sont pas forcément demandeurs de la loi sur le service minimum. Devant les sénateurs, Pierre Mongin, président de la RATP, a ainsi expliqué que son entreprise est désormais « apaisée », avec en moyenne 0,4 jour de grève par agent chaque année. Sa collègue de la SNCF, Anne-Marie Idrac, avait, quant à elle, beaucoup de mal à exprimer quelque enthousiasme pour la nouvelle loi dans « La Tribune » du 23 juillet. Il y a peu de temps, elle rappelait que le « système d’alarme social » mis en place en 2003 chez les cheminots a fait nettement chuter le nombre de jours de grève. D’où la réaction immédiate des proches de Sarko, qui font remarquer que l’actuel patron de la RATP, Pierre Mongin, n’est autre que l’ancien directeur de cabinet de l’infâme Villepin, et qu’Anne-Marie Idrac était auparavant député UDF des Yvelines, « canal Bayrou », dit un sarkozyste. De quoi les menacer tous les deux de se retrouver sur une voie de garage. Avec ou sans préavis ?
Alain Guédé

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